EXPOSITIONS D’AUTOMNE

PAYSAGES-MONDES
Philippe Boissonnet
Biographie

Né en France, l’artiste Philippe Boissonnet est connu pour ses créations basées sur la transparence lumineuse et les ambiguïtés optico-visuelles, plus particulièrement par l’intégration d’images holographiques. Après avoir passé 20 ans à Montréal, il s’installe à Trois-Rivières où il enseigne l’art à l’Université du Québec à Trois-Rivières de 1993 à 2022. Lauréat du prix d’excellence de la Fondation Elizabeth Greenshields (1983, Montréal) et du prix de la Shearwater Foundation for the Holographic Arts (1998, New York), il obtient aussi le prix de la Hologram Foundation (2018, Paris), puis le prix Sans frontière de Culture Trois-Rivières en 2025. Ses œuvres se trouvent dans plusieurs collections publiques au Canada, aux États-Unis, en Espagne et en Allemagne. Il a présenté ses créations dans plus de 150 expositions de groupe et solo depuis 1983, au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Australie, au Japon, au Brésil, en Argentine et au Mexique. Récemment, il présentait à la Maison de la culture Mercier à Montréal une installation lumineuse immersive intégrant des diffractions colorées issues de film dichroïque, de la vidéo, du son, des hologrammes et des matériaux naturels (États limites, 2026).
Démarche artistique
Les créations de Philippe Boissonnet recoupent plusieurs formes expressives : dessin, photographie numérique et lenticulaire, électrographie (Copy-Art), et souvent holographie, installations lumineuses, parfois interactives. D’un média à un autre, Philippe Boissonnet a toujours démontré son intérêt pour les états limites du visible, ceux qui se manifestent entre apparition et disparition. Ses œuvres s’appuient sur le concept d’évanescence perceptuelle de l’image, et, par extension, sur le concept d’inconsistance du réel pris dans notre contexte contemporain des technologies de l’image. Grâce à des stratégies artistiques basées sur diverses manipulations de la lumière, Boissonnet vise à faire ressentir des notions d’incertitude, de transitoire et d’instabilité. Dès le début des années 90, cette sensibilité exacerbée à ce qui est impermanent le pousse à souligner les limites de nos représentations conventionnelles du monde. Il utilise souvent, à cet égard, l’image géospatiale ou géopolitique d’un globe terrestre gonflable. Ses œuvres, au fil des années, nous rappellent inlassablement la « fragilité de notre condition planétaire » (H. Fischer). Il nous parle autant des limites de nos représentations collectives du monde que de notre système de perception du réel. Récemment, il s’intéressait aux interférences entre l’évanescence des phénomènes lumineux et le paysage.
« Philippe Boissonnet nous démontre le relativisme même de l’holographie, qui est celui de notre rapport au monde. Sa déconstruction, qui a commencé avec le cubisme et s’est imposée avec la science physique, ne cesse de nous hanter. C’est là que se situe la recherche de Philippe Boissonnet. Et le jusqu’au-boutisme de sa démarche confère à son œuvre une actualité et un radicalisme incontournable ». (Hervé Fischer, 2017)

ANTHROPIQUE
Jean-Luc Wolff
Biographie

Jean-Luc Wolff a commencé sa formation en photographie au Collège Marsan de Montréal. Il a par la suite obtenu un diplôme en photographie dispensé par le Musée d’Art Moderne de New York (NYC MoMA) sous la direction de Sarah Meister, conservatrice au Département de Photographie. Toujours dans le but d’approfondir sa démarche photographique, il a également suivi un cours « Une brève histoire de la photographie » dispensé par la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais à Paris et un cours sur la construction de sites web, dispensé par la State University de New York.
Jean-Luc Wolff a déjà plusieurs expositions solos à son actif, dont récemment la diffusion de projet Blue Mood au Musée de la Photographie Desjardins à Drummondville (2024), ainsi que des expositions collectives à Sherbrooke, Montréal, ainsi qu’en France et aux États-Unis. Son travail a également été sélectionné et diffusé dans différentes publications, dont les parutions web du quotidien français L’Œil de la photographie (2020, 2021, 2024 et 2025).
Démarche artistique
La démarche artistique de Jean-Luc Wolff s’enracine dans une réflexion profonde sur les liens complexes qui unissent les individus et leur environnement, notamment face aux enjeux sociaux, écologiques voire économiques ou politiques de notre époque. Qu’est-ce qui fait société? Est-ce qu’une société cohérente et apaisée peut s’épanouir dans un monde dont l’équilibre est menacé de toutes parts?
À travers sa pratique, il cherche à interroger les relations humaines, la convivialité, ce qui rapproche ou sépare les individus. Son regard interroge leurs valeurs, leurs préoccupations, ainsi que leur résilience face à un monde en constante mutation, où la fragilité et la force cohabitent dans tous les domaines.
Son approche artistique s’inscrit dans la lignée de la photographie contemporaine en abordant chaque série comme une réflexion visuelle sur un thème ou une théorie précise, tout en privilégiant une esthétique plastique et poétique. Par la sérialité de ses photos, une utilisation réfléchie de la couleur et de la composition, il invite le regardeur à se questionner sur notre manière de vivre ensemble, de créer du lien ou de nous distancer, de nous comprendre ou de nous perdre dans un environnement toujours changeant.

ANAMNÈSES ET AUTRES MENSONGES
Christiane Lahaie
Biographie

Directrice artistique d’XYZ. La revue de la nouvelle, Christiane Lahaie a étudié à l’Université McGill et à l’Université Laval. Elle a été professeure de littérature, de création littéraire et de cinéma à l’Université de Sherbrooke, de 1997 à 2022.
Elle a publié de nombreux essais, codirigé des collectifs et fait paraître des œuvres de fiction : Ici et maintenant. Les représentations de l’habiter urbain dans la fiction contemporaine (2022, en collaboration avec Christophe Duret), Zone 51 (2020) ; Vous avez choisi Limoges (finaliste, Prix Alfred-DesRochers 2015) ; Ces mondes brefs. Pour une géocritique de la nouvelle québécoise contemporaine (2009, en collaboration avec Marc Boyer, Camille Deslauriers et Marie-Claude Lapalme) ; Chants pour une lune qui dort (Prix Alfred-Desrochers 2005 et finaliste du Grand Prix du livre de la Ville de Sherbrooke 2006) ; Hôtel des brumes (Grand Prix du livre de la Ville de Sherbrooke 2004 ; Insulaires (finaliste, Grand Prix littéraire de la Ville de Sherbrooke 1998). Elle a également publié des articles sur la littérature et le cinéma au Québec et au Canada, ainsi qu’à l’étranger.
Le livre d’artiste Hôtel des brumes de Suzanne Ferland a été inspiré de son roman par nouvelles du même titre et, en 2013, a fait l’objet d’expositions au Shenkman Arts Centre (Orléans, Ontario) et au Gésù (Montréal). L’année précédente, Hôtel des brumes avait été exposée à la Galerie Circulaire (Montréal), de même qu’à la Galerie Riverin-Arlogos (Eastman).
Son œuvre de photo-littérature Absolue de mémoire a été exposée à l’espace Corrid’Art de la Maison des étudiants canadiens (Paris, France), du 4 mars au 30 avril 2026 ; au Couvent des Petites Sœurs de la Sainte-Famille de Sherbrooke, dans le cadre de l’exposition collective « Art au couvent », du 16 au 26 septembre 2021 ; à la Galerie d’art Antoine-Sirois, espace « Invitation », du 10 septembre au 19 octobre 2019. L’œuvre existe également sous forme de livre d’artiste.
Enfin, Christiane Lahaie vient de compléter un certificat en arts visuels à l’Université de Sherbrooke.
Elle entame une carrière d’artiste visuelle, sans pour autant renier son amour des mots et des images en mouvement.
Démarche artistique
Christiane Lahaie a d’abord été écrivaine. Dans ses textes, elle a privilégié les atmosphères éthérées, les personnages au parcours incertain, les lieux chargés de symboles et les fins ouvertes. Elle a beaucoup exploité les formes brèves (récit sous forme de « chants », nouvelles, poèmes) car, selon elle, ces dernières captent le rythme rapide de notre époque. Par ailleurs, elle s’intéresse à ce qui unit les représentations littéraire et filmique, ainsi qu’à ce qui les distingue.
Son travail d’artiste visuelle descend en droite ligne de cet héritage intermédial, dans la mesure où elle mise sur le pouvoir évocateur des mots et des images. Elle ne vise pas à illustrer l’écrit par la représentation visuelle. Elle cherche plutôt à créer un échange, voire un choc entre les deux, dans un aller-retour constant.
Ses projets exigent une approche mixte, où elle met à profit plusieurs pratiques (photographie, reliure, gravure, peinture, collage, dessin, écriture) ou médiums (acrylique, encre de Chine, papier japonais). Certes, elle a un parti pris pour les contrastes marqués. Au cinéma ou en photo, par exemple, elle croit que la prise de vue en noir et en blanc tend à évoquer la nostalgie et les tiraillements de la conscience, tout comme elle trahit les lacunes de la mémoire en mimant l’effacement graduel des choses, lequel vient avec le passage du temps. Mais sa préférence pour la photographie en noir et blanc provient surtout du fait qu’elle lui semble plus à même de transcender le réel, à en montrer la signification profonde. Bref, elle est fascinée par le côté obscur de l’existence, tout autant que par la part de lumière, si ténue soit-elle, qu’elle recèle en toute circonstance.
À travers la superposition de la photo et du texte calligraphié, elle souhaite maintenant œuvrer dans la durée et ralentir la fuite du temps, quitte à égrener les secondes et les minutes. De fait, dans le geste d’écrire (surtout à la plume), il y a nécessairement des pauses, le temps que l’idée passe du cerveau à la main, et c’est ce temps presque suspendu qu’elle a envie d’explorer. En parallèle, la littérature reste prégnante dans son travail, car elle lui permet de raconter des histoires, de rêver, de réfléchir ou de se remémorer des moments à jamais en allés. Qu’il s’agisse d’un texte ou d’une image, toute œuvre de création devrait inciter le spectateur à s’attarder, à scruter les détails, à chercher le sens caché, quitte à s’anéantir dans le doute ou la nostalgie de ce qui ne reviendra pas.

S_[im]mort[[[[e]l]le]s]
Roxane Bertrand
Biographie

Roxane Bertrand / fhgoyd est une artiste multidisciplinaire originaire de Sherbrooke et établie dans les Hautes-Laurentides. Sa pratique se situe à la croisée de la photographie, de l’art vidéo, de la recherche sonore, de l’installation et de l’expérimentation des technologies numériques, notamment l’intelligence artificielle générative. Son travail explore les relations entre mémoire, culture matérielle, technologies et les paradigmes qui façonnent notre époque.
Formée en histoire, en arts et en écoresponsabilité, elle détient un baccalauréat multidisciplinaire avec une concentration en arts et littératures, un certificat en arts visuels, un microprogramme en arts et technologies ainsi qu’un microprogramme en écoresponsabilité. Son parcours interdisciplinaire nourrit une pratique où se rencontrent recherche artistique, réflexion critique et exploration de nouvelles formes de création.
Ses premières recherches photographiques se développent à travers l’exploration urbaine (urbex), une approche qui l’amène à documenter des lieux en transformation, leurs traces humaines et les objets qui témoignent de présences passées. Cette expérience marque durablement son intérêt pour les relations entre espaces, mémoire et matérialité.
Au fil de son parcours, elle oriente davantage sa pratique vers les arts et technologies, explorant les possibilités offertes par les outils numériques dans une perspective critique et attentive aux enjeux environnementaux. Elle développe ainsi des œuvres hybrides où l’image, le son, la matière et les environnements numériques deviennent des espaces d’expérimentation.
Sous le pseudonyme fhgoyd, elle crée des œuvres où se rencontrent approche documentaire, expérimentation technologique et réflexion critique.
Son travail a notamment été présenté à la Galerie d’art Antoine-Sirois de l’Université de Sherbrooke dans le cadre des Journées de la rentrée, avec l’œuvre S_[im]mort[[[[e]l]s]. Son œuvre Laser Rot Musical a été intégrée à la programmation de Sporobole lors du Mois Multi. Elle a également collaboré avec l’artiste Karine Leblanc à la création de l’œuvre collective Cultiver la recherche, installée à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.
Démarche artistique
La pratique artistique de Roxane Bertrand / fhgoyd s’inscrit dans une réflexion sur les traces, les transformations et les récits qui émergent de notre relation au monde. Elle s’intéresse aux formes visibles et invisibles de la mémoire, à ce qui persiste malgré les changements et aux fragments qui permettent de reconstruire des histoires individuelles et collectives.
Son processus de création repose sur l’observation, la collecte et la transformation d’éléments fragmentaires. Les objets abandonnés, accumulés ou détachés de leur fonction première retiennent particulièrement son attention. Elle cherche à révéler la charge narrative contenue dans les choses du quotidien, en portant attention aux détails souvent négligés, aux signes d’usure, aux empreintes laissées par les usages et aux marques du passage du temps. La décomposition, l’altération et la désagrégation occupent une place importante dans ses recherches. Ces fragments deviennent des points de départ pour créer de nouvelles relations entre le réel, le souvenir et la fiction.
La mémoire constitue un axe central de la pratique de fhgoyd. Elle l’aborde comme une matière mouvante, influencée par les expériences humaines, les transformations sociales et les outils que nous développons pour conserver des traces. Ses œuvres explorent ainsi les tensions entre présence et absence, entre ce qui demeure et ce qui disparaît.
L’installation lui permet de créer des espaces sensibles où différents éléments peuvent dialoguer et où l’expérience du public devient partie prenante de l’œuvre. Par la rencontre de l’image, du son et de la technologie, elle cherche à créer des environnements immersifs qui sollicitent la perception et ouvrent un espace de contemplation. Plutôt que d’imposer un récit unique, elle propose des compositions fragmentées laissant place à l’interprétation et à la construction de significations personnelles.
La démarche de Roxane Bertrand s’intéresse également aux outils numériques contemporains et aux transformations qu’ils apportent aux pratiques de création. Elle explore leur potentiel tout en portant une attention critique aux questions qu’ils soulèvent, notamment face à la circulation des images, aux processus automatisés de création et aux nouvelles façons dont la mémoire se construit, se conserve et se transforme à travers les technologies.
À travers son travail, elle cherche à créer des œuvres où se rencontrent matière et immatériel, expérience individuelle et mémoire collective. Ses recherches portent sur les cycles de création, de transformation et de disparition qui traversent notre environnement, afin de révéler les relations complexes entre les traces que nous laissons, celles que nous conservons et celles qui sont destinées à s’effacer.
