Les Jardins Réinventés de la Saint-François | 17e édition: Mosaïques humaines


NOS ARTISTES DE LA SAISON

Anne-Marie Auclair & la Place des Jeunes l’Intervalle

Toutes nos maisons parlent soleil est le résultat d’une douce collaboration entre Anne-Marie Auclair, artiste multidisciplinaire, et les jeunes de La Place des Jeunes l’Intervalle de Brompton. L’œuvre présente la jeunesse, sous la forme de trois sculptures humanoïdes, comme une manière de rendre hommage plus précisément à ce passage obligé qu’est l’adolescence. Trois personnages totalement différents, faits de bois, de plastique, de ciment, de peinture, de terre et de plantes qui, à travers leurs différences, nous font voir l’unicité qui les relie; un désir de croître, de grandir, d’être cette fleur qui pousse dans le ciment de la vie. Toutes nos maisons parlent soleil se veut une illustration d’une diversité qui veut la même chose au final; chercher la lumière.

DÉMARCHE ARTISTIQUE D’ANNE-MARIE AUCLAIR

Originaire de Cleveland en Estrie, Anne-Marie Auclair est une peintre autodidacte inspirée par l’art naïf. Utilisant principalement l’acrylique, elle se distingue par une liberté de composition et une palette de couleurs douces, en s’affranchissant de la perspective académique.

Son univers coloré puise dans les petits moments du quotidien : scènes de village, rassemblements et portraits de femmes. Ses personnages se reconnaissent par leur signature visuelle unique : de grandes têtes, un nez marqué et de très petits pieds.

Guidée par l’intuition, elle transforme ses souvenirs d’enfance et émotions en fragments de vie tendres, nostalgiques ou humoristiques. L’enfance y est une lumière centrale. Avant tout, Anne-Marie Auclair peint avec le cœur pour célébrer la mémoire collective.

À PROPOS DE LA PLACE DES JEUNES L’INTERVALLE

La Place des Jeunes l’Intervalle est un organisme à but non-lucratif qui accueille les jeunes de 12 à 17 ans du secteur de Brompton et des environs sur une base volontaire. Il s’agit d’un milieu de vie animé par une équipe professionnelle et passionnée d’intervenants-animateurs afin de mener les jeunes à devenir des citoyens critiques, actifs et responsables. Sous la tutelle d’adultes significatifs, les jeunes sont amenés à développer leur autonomie, leur sentiment d’appartenance, leur sens des responsabilités, l’accueil de la diversité et la construction de leur sens critique, à travers une foule d’activités et d’ateliers par, pour et avec ces mêmes jeunes. C’est un lieu de bienveillance, de respect, de rencontre, de rassemblement, de soutien, d’écoute, d’information et de plaisir.

Céline Bouffard & le Service d’aide aux Néo-Canadiens

NOUS NE PERDRONS PAS PIED

Cette installation explore les formes d’ancrage. Réalisée avec des participant(e)s du Service d’aide aux Néo-Canadiens de Sherbrooke, elle s’appuie sur un processus de moulage où chaque geste contribue à la création d’une forme unique. Chaque botte porte la trace d’un parcours et d’une présence. Reliées par un cordage de bateau ponctué de bouées, les formes évoquent à la fois la dérive et l’attache, le déplacement et la tentative de se maintenir. L’ensemble compose un espace relationnel où les trajectoires se croisent et participent à une mémoire collective.

Merci aux participant·es: Joujou Wolang Kapinga, Guede Hilaire Gnaze, Ricky Bagalwa Bahanuzi, David Mukeba, Alice Marie Tchouaffi Ngouambe, Amrane Amrani, Géraldin Stéphane Beyene, Aymard Saint-Yves Ndaï, Aliou Bah, Bernard Nyenyezi Badesire, Evelyne Balumbi Ambambunge.

DÉMARCHE ARTISTIQUE DE CÉLINE BOUFFARD

Originaire des Îles-de-la-Madeleine, Céline Bouffard développe une pratique sculpturale ancrée dans les relations entre l’humain et son environnement. Après un parcours initial en littérature, elle se forme en sculpture à l’École des métiers d’art de Québec. Son intérêt pour les dynamiques d’adaptation et les territoires la mène également à compléter une formation en guidage de tourisme d’aventure, puis une maîtrise en politiques publiques, avec une spécialisation en environnement.

Son approche est influencée par l’art populaire et les métiers ruraux, notamment dans son rapport aux matériaux et aux savoir-faire. Sa démarche interroge les relations entre territoire et migration, et les mécanismes d’adaptation qui en découlent. En cherchant les mots pour décrire ces rapports, elle développe un langage visuel où la sculpture agit comme une forme d’écriture, donnant lieu à des œuvres qui prennent la forme de poésies imagées, à la croisée du sensible et du vécu.

À PROPOS DU SERVICE D’AIDE AUX NÉO-CANADIENS

Le Service d’aide aux Néo-Canadiens (SANC) accueille et accompagne les personnes immigrantes dans leur parcours d’installation et d’intégration sur le territoire de l’Estrie depuis 1954. Notre but : bâtir ensemble une société inclusive où chaque personne peut s’épanouir et contribuer pleinement à sa communauté d’accueil. Merci à Sabrina Corriveau-Maheu, coordonnatrice aux événements et aux partenariats, et à Branda Ledesma, animatrice de séances collectives au SANC.

Lilian Cuer

Mosaïques humaines fait écho au projet Intergénérationnel, réalisé en 2024 dans le cadre de la piétonnisation de la rue Saint-Hubert, à Montréal. Cette intervention artistique abordait les notions de communauté et de richesse de la diversité montréalaise et québécoise. Les sculptures extérieures ont été conçues pour s’intégrer à leur lieux d’installation en s’accrochant aux éléments structurels verticaux existants.

Ces six visages, issus de trois origines distinctes et imbriqués les uns dans les autres, sont orientés dans la même direction, illustrant un projet commun: la construction d’un avenir tangible pour les générations à venir. À l’image d’une mosaïque où chaque élément trouve sa place et contribue à un ensemble cohérent, Intergénérationnel réunissait nos différences au sein d’une œuvre collective.

Les fragments d’aluminium issus de la fabrication de cette œuvre sont ici recomposés en mosaïque de textures. Leurs intégrations aux portraits soulignent l’importance de chaque matériau, noble ou recyclé, mais aussi la richesse de la diversité.

DÉMARCHE ARTISTIQUE 

Lilian Cuer s’intéresse aux rapports rompus entre l’humain et le non-humain, désormais réduit à une ressource exploitable, devenue étrangère à toute forme de relation sensible. En prônant une révolution animiste utopique, il met en perspective une nouvelle réalité anthropologique fondée sur une loi éthique végétale.

À travers la sculpture, l’artiste fait cohabiter des techniques de production artisanales et industrielles. Les matériaux, multiples et hétérogènes — organiques ou synthétiques —, s’hybrident en générant de forts contrastes texturés, narratifs et sensibles. La revalorisation des déchets, inhérente aux écosystèmes naturels, constitue une dimension essentielle dans son processus de création.

Outil de métamorphose, le masque animiste révèle l’intériorité d’un esprit animal, végétal ou minéral. Longtemps considéré comme une religion dite primitive, l’animisme est aujourd’hui redéfini par des anthropologues contemporains, notamment Philippe Descola, comme une identité commune des intériorités humaines et non humaines, malgré des physicalités distinctes. Cette relecture ouvre la possibilité d’un monde partagé, fondé sur la reconnaissance mutuelle plutôt que sur la domination.

La légitimité d’existence des non-humains ne cesse d’être ignorée par une hégémonie anthropocentrée. Le progrès technologique et la science, a rendu l’Homo sapiens ultrapuissant, irresponsable et insatiable. Nous recouvrons la surface de la planète d’une peau synthétique et élevons nos enfants au cœur de paysages absurdes, inexorablement altérés et affaiblis.

Habiter le monde, c’est avant tout y être attentif. C’est engager une révolution culturelle, une renaissance sauvage, capable d’enrayer le monde dystopique qu’on nous prédit.

Lise Létourneau

SINGULIERS PLURIELS

La mosaïque humaine est envisagée ici comme un ensemble de singularités qui ne prennent pleinement sens qu’au contact des unes des autres. L’accumulation des billes, leur proximité, évoque les relations humaines, faites de rapprochements, de tensions et d’équilibres. 

Singuliers pluriels propose une réflexion sur la coexistence et l’interdépendance des êtres, à partir d’une forme simple : une bille de feutre. Chaque bille représente une individualité unique, fragile et colorée. Ensemble, elles forment une mosaïque humaine, où les différences ne s’annulent pas, mais se soutiennent. L’arbre devient un point de rassemblement, un tronc commun autour duquel les présences s’agrègent. La laine feutrée est une matière textile associée au corps, elle porte une dimension sensible et affective. Chaque bille est façonnée individuellement, rendant visibles le temps du geste et la variation inhérente au travail manuel. Les différences de texture, de densité et de couleur soulignent l’unicité de chaque être humain, tout en participant à un collectif cohérent. En y regardant de plus près, on découvre au centre une bille un peu plus grosse, bleue et verte, notre planète Terre. 

DÉMARCHE ARTISTIQUE

La récupération occupe une place importante dans la pratique de Lise Létourneau. Elle collecte tissus, vêtements et objets délaissés afin de leur offrir une nouvelle existence, souvent détournée de leur fonction d’origine. Des collants colorés deviennent Coronartistiques, des chemises d’homme composent un duché imaginaire, tandis que des filtres usagés, à café ou à sirop d’érable, se transforment en installations sensibles où le rebut devient matière à mémoire. Son travail in situ, se développe en étroite relation avec les lieux qu’elle habite ou traverse. Les arbres occupent une place privilégiée dans ses interventions. Elle prend le temps de les observer, d’écouter ce que racontent leurs formes, leurs blessures, leurs textures ou les traces qu’ils portent. L’arbre devient alors partenaire de création, support vivant et témoin silencieux. Ses installations éphémères s’inscrivent dans une logique de passage : un geste discret, une présence temporaire, une trace laissée dans le paysage. Cette manière de travailler l’amène à accueillir l’impermanence et à reconnaître, dans ce qui disparaît, une forme de continuité.

Nadia Loria Legris & le Cercle des Fermières de Bromptonville, avec la participation de Jacques Desruisseaux

DEVENIR LUMIÈRE ENSEMBLE

Fruit d’une collaboration avec des femmes du Cercle des fermières de Bromptonville et de l’artiste interdisciplinaire Nadia Loria Legris, cette lanterne se déploie comme un symbole d’espoir, de partage des savoir-faire et de reconnaissance botanique du territoire. Amalgamée à une sculpture de l’artiste Jacques Desruisseaux, l’œuvre met en valeur les multiples facettes des plantes présentes autour du parc de la Rive, ainsi que la créativité qu’elles inspirent. Les panneaux, réalisés sur des tissus récupérés, révèlent les possibilités pigmentaires des plantes environnantes grâce à des techniques de martelage et de teinture végétale. Entre lumière et matière, l’œuvre fait dialoguer création, communauté et environnement, invitant à porter un regard attentif sur ce qui nous entoure et à raviver un élan d’espoir fondé sur la valorisation du vivant et la solidarité d’une communauté.

Noms des participantes du Cercle des Fermières de Bromptonville : Annie Pettigrew, Marie-Josée Lafond, Maude Girard et Patricia Guay 

Matériaux: Métal, tissus récupérés, plantes sauvages locales et lumière solaire

DÉMARCHE ARTISTIQUE DE NADIA LORIA LEGRIS

Artiste interdisciplinaire vivant à Sherbrooke, Nadia Loria Legris explore les liens entre art, écologie et vie quotidienne. Ses recherches portent sur les résidus végétaux domestiques qu’elle observe et dont elle expérimente les potentialités artistiques. Par la photographie, la sculpture, l’installation et différentes approches picturales, elle transforme ces matières rejetées en œuvres singulières.

Elle s’intéresse à la valeur que l’on accorde au vivant et au passage du temps, ainsi chaque création nous invite à poser un regard nouveau sur le végétal et plus largement, sur le monde vivant dont nous faisons partie.

En parallèle de ses expositions, Nadia Loria Legris s’engage dans des projets de médiation culturelle. Elle collabore avec différents publics, notamment auprès des personnes aînées et des jeunes, pour favoriser la rencontre entre l’humain et la nature par le biais des arts.

À PROPOS DU CERCLE DES FERMIÈRES DE BROMPTONVILLE


Situé au Centre communautaire de Brompton, le Cercle de Fermières de Bromptonville a pour mission d’améliorer les conditions de vie des femmes et des familles, de préserver et de transmettre le patrimoine culturel et artisanal.

NISIN

AU RYTHME DU TEMPS

Au rythme du temps permet au public de mettre le temps sur pause durant un moment, dans notre mode de vie moderne où le rythme est souvent effréné. La sculpture permet plusieurs lectures visuelles par sa prestance visible de loin, ses ombres teintées, mais elle devient surtout un refuge pour qui veut bien se déposer en son centre afin d’y contempler les beautés du ciel à travers une constellation de motifs colorés. 

NISIN propose une sculpture démesurée évoquant un sablier géant en bois, rythmé selon une logique mathématique rigoureuse. À la cime de l’œuvre sont disposées des toiles de vinyle transparentes robustes, agrémentées de formes abstraites colorées et iridescentes. Découpées de façon aléatoire dans des films de vinyle translucide autocollant, les formes sont assemblées méticuleusement entre elles, tel un casse-tête, afin de créer un tout harmonieux rappelant les vitraux et leurs projections colorées.

Bien que l’œuvre soit créée avec une méthodologie aussi rigide que le concept du temps, c’est la nature qui a le dernier mot et qui donne vie à celle-ci. En effet, la magie s’opère uniquement lorsque les rayons du soleil nous honorent de leur présence. La projection de l’œuvre au sol, ou sur les gens qui s’y déposent, marque le rythme de la journée en se déplaçant tranquillement, accompagnant le cycle solaire.

DÉMARCHE ARTISTIQUE

L’approche artistique de NISIN est guidée par deux forces en opposition constante. D’un côté, son approche cartésienne et structurée, inspirée par son passé professionnel d’ingénieur et de designer d’intérieur, le pousse à concevoir des compositions précises, construites selon une logique mathématique. De l’autre, il laisse son instinct dicter sa gestuelle dans un élan de lâcher-prise, dans un style abstrait ou semi-figuratif, le tout avec un souci des détails dans l’harmonie et l’agencement des formes et des couleurs.

Pour lui, l’art est un terrain de jeu sans limite, à l’image de sa créativité. Son approche artistique s’apparente au R&D (Recherches et développement), où l’expérimentation est centrale. Il refuse catégoriquement la phrase « On l’a toujours fait comme ça ». Il adore utiliser des matériaux inusités pour détourner leur usage habituel, par l’assemblage ou le façonnage.

Son nom d’artiste NISIN est issu d’une introspection sur ses origines algonquiennes perdues, bien qu’elles le définissent physiquement. Ce mot signifie le chiffre 3 qui, depuis toujours, l’obsède. Il s’appuie sur les multiples de 3 pour structurer son univers artistique, créant ainsi une forme d’équilibre au sein même du déséquilibre apparent de ses œuvres.

Ponk

Fragments et coutures

Le textile a ce potentiel d’accessibilité et de versatilité; il possède cette capacité d’assembler, de relier, de faire tenir ensemble des fragments. Pour manipuler le tissu, les mains sont indispensables, portant les traces de qui nous sommes individuellement. Objet de fascination, les mains prennent divers sens dans nos vies : celles qui aident, qui montrent, qui rassurent, qui transmettent.

C’est en puisant dans cette symbolique qu’iel aborde Mosaïques humaines, en imaginant une main textile de très grande taille. Souhaitant préserver la nature brute et accessible de cette inspiration, les coutures et ornementations révéleront le travail manuel. Chaque segment sera assemblé comme un fragment d’histoire, un morceau d’identité, une parcelle de vécu. Sur la surface du textile, un mélange de techniques de broderie évoquera la trace humaine : des échos de gestes, de rencontres, de liens, mais aussi la trace grossière de ses propres actions, parfois maladroites ou violentes, parfois intimes et délicates.

Impossible de ne pas percevoir la résonance avec les mains qui se cherchent, s’unissent ou se soutiennent dans nos espaces collectifs. Installée dans un arbre et accessible à différents niveaux d’expérience, la sculpture devient un prolongement de son rapport au corps et son potentiel de cassure.  

DÉMARCHE ARTISTIQUE

AtteintE de la maladie de Crohn et étant non-binaire, Ponk utilise la matière dans une perspective de réponse face aux angoisses du corps. À travers principalement la sculpture, mais aussi la sérigraphie et la broderie, iel tente une communication intime avec le spectateur : partager la douleur, l’angoisse dans l’espoir possible de transcender la laideur et la maladie par une beauté fragile et étrange. L’œuvre interroge ce qui nous relie, comment nos identités se construisent et se veut un rappel sensible de notre appartenance à une mosaïque humaine mouvante, faite de forces, de fissures et de mémoire partagée.

Ultra Nan & l’École secondaire de Bromptonville

SANS TITRE

Ce projet est une collaboration entre l’École secondaire de Brompton et l’artiste Ultra Nan. La conception de ce projet a été réalisée sous le thème de la collectivité. Ici évolue une myriade de petites maisons évoquant la différence et l’aspect chaotique de nos vies, révélant cette fragilité et ce défi du vivre ensemble.

DÉMARCHE ARTISTIQUE ULTRA NAN

Ultra Nan développe une pratique artistique à la croisée de l’art populaire, de la culture visuelle contemporaine et de l’intervention poétique dans l’espace social. Son travail mélange l’esthétique du dessin spontané, de la bande dessinée, de l’art urbain et des symboles afin de créer des œuvres accessibles, ludiques et profondément humaines.

À travers ses personnages et leurs univers colorés, Ultra Nan construit un langage visuel singulier qui explore les thèmes de l’engagement social et politique, de la mémoire collective, de l’amour, de l’identité et de l’attachement au vivant.

À PROPOS DE L’ÉCOLE SECONDAIRE DE BROMPTONVILLE

Depuis 1953, l’École secondaire de Bromptonville a comme mission d’accompagner chaque élève à développer son plein potentiel à travers divers profils concentration (Robotique, Stage Band, Espagnol, Arts enrichis et Expériences scientifiques), des programmes particuliers en soutien aux jeunes, ainsi que des périodes d’enrichissement personnel. Dans le cadre de ce projet, les élèves de secondaire 3 du cours Arts plastiques, enseigné par Jessica Bailey, ont travaillé avec l’artiste Ultra Nan dans l’élaboration d’une œuvre collaborative.